Montmagny (automne)
Région QuébecChaudière-Appalaches
Excellent
MontmagnyGrosse-ÎleIsle-aux-GruesOie des neigesPointe-aux-Oies

Montmagny (automne)

Par Marilou Harvey••6 vues

Riveraine du fleuve Saint-Laurent, en aval de Québec, la MRC de Montmagny est l'une des dix MRC de la Chaudière-Appalaches. Son territoire se lit du nord au sud : d'abord les îles et le littoral, puis la plaine agricole, et enfin l'arrière-pays appalachien, plus sauvage et plus boisé.

Montmagny, son chef-lieu, porte fièrement le titre de Capitale de l'oie blanche : au printemps et à l'automne, des milliers d'oies font halte sur ses battures, et la Route des Plumes multiplie les sites d'observation. Riche de plus de 360 ans d'histoire, la ville met en valeur son patrimoine grâce à ses centres d'interprétation et à ses circuits patrimoniaux, et le Vieux-Montmagny séduit avec ses boutiques et ses terrasses aux airs européens.

Mais c'est vers le large qu'il faut regarder. Depuis la marina de Berthier-sur-Mer, à une quinzaine de minutes de Montmagny, les Croisières Lachance vous conduisent, entre les îles de l'archipel de L'Isle-aux-Grues — vingt et une îles posées au milieu du fleuve — jusqu'à Grosse-Île, l'un des lieux de mémoire les plus bouleversants du pays.

À une heure à peine de Québec, c'est le genre de fin de semaine qui donne l'impression d'avoir voyagé beaucoup plus loin.

Informations pratiques

Durée
3 jours
Période
Septembre 2026
Transport
Tesla
Hébergement
Camping en Tesla

Itinéraire

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1
Québec— Départ de la maison
2
Camping Pointe-aux-Oies— Camping 5 étoiles en bordure du fleuve, deux nuits sur place
3
Tour d'observation de la Pointe-aux-Oies— Sentier de 2 km et tour de 30 pieds, vue sur l'archipel
4
Croisières Lachance, Berthier-sur-Mer— Départ de la croisière vers Grosse-Île
5
Grosse-Île— Station de quarantaine 1832-1937 et site du Projet N
6
Québec— Retour à la maison

Montmagny

Le camping Pointe-aux-Oies

Notre point de chute des deux nuits, et un camping qui mérite pleinement sa réputation. Au 45, avenue du Bassin Nord, le camping Pointe-aux-Oies est classé cinq étoiles par Camping Québec et compte plus de 300 emplacements, en bordure directe du fleuve Saint-Laurent.

Les installations sont complètes : parc aquatique avec glissades et jeux d'eau, piscine chauffée, mini-putt, casse-croûte, plage naturelle à deux pas. Pour ceux qui voyagent sans équipement, on y trouve trois yourtes et — curiosité rare au Québec — deux Goutte d'Ô, un prêt-à-camper en forme de chrysalide où six mètres carrés suffisent à loger deux adultes, ou une famille de quatre avec un lit en bas et une mezzanine-hamac en haut.

Petit détail pratique relevé par plusieurs campeurs : prévoyez des pièces de 2 $ pour les douches. Et si vous voyagez en gros véhicule, sachez que certains virages du terrain sont serrés, même si plusieurs emplacements sont conçus pour les grandes unités.

Mais le vrai argument du lieu, c'est l'emplacement. Le fleuve est là, tout de suite, et les couchers de soleil sur l'eau justifient à eux seuls le détour.

Le sentier de la Pointe-aux-Oies et sa tour d'observation

Juste à côté du camping s'étend l'un des plus beaux sites d'observation de la région. Un sentier d'environ 2 km, doublé de trottoirs de bois, longe le fleuve et relie deux terrasses à une tour d'observation de 30 pieds érigée à la pointe du terrain.

Et là-haut, le panorama coupe le souffle. Le fleuve s'ouvre à perte de vue, et l'archipel de L'Isle-aux-Grues se déploie devant soi — vingt et une îles posées au milieu du Saint-Laurent, dont cette Grosse-Île qu'on allait visiter le lendemain. En fin de journée, avec la lumière rasante de septembre sur l'eau, c'est tout simplement magnifique.

Le site n'a pas été aménagé par hasard. Montmagny est une halte migratoire majeure pour la Grande Oie des neiges, au printemps comme à l'automne, et la tour est un poste de choix pour l'ornithologie et la photographie. À l'automne, le spectacle des dizaines de milliers d'oies blanches prend une dimension supplémentaire avec les couleurs qui s'installent. L'accès est libre : il suffit de suivre les trottoirs de bois depuis le camping.

Grosse-Île

La croisière et la visite guidée

Le samedi était consacré à Grosse-Île, et disons-le d'emblée : la visite guidée était impeccable. Les guides de Parcs Canada connaissent leur sujet en profondeur et racontent avec une justesse remarquable une histoire qui n'a rien de facile. Ultra intéressant du début à la fin.

La traversée se fait avec Croisières Lachance, au départ de la marina de Berthier-sur-Mer, au 110, rue de la Marina — une quinzaine de minutes à l'ouest de Montmagny. Le trajet lui-même vaut le déplacement : on navigue entre les îles de l'archipel avec une animation à bord, avant d'accoster. Sur place, la visite combine un parcours en trolley pour la partie est de l'île et une exploration à pied pour la partie ouest. Comptez une bonne demi-journée. Deux conseils entendus de tous : apportez votre lunch, et habillez-vous pour la météo, puisqu'une bonne partie de la visite se passe dehors.

Cent cinq ans de quarantaine

Grosse-Île mesure 2,9 km de long sur 1 km de large et se trouve à 46 km en aval de Québec. Elle portait autrefois le joli nom d'île de Grâce. On l'a rebaptisée l'île de la Quarantaine.

En 1832, une épidémie de choléra balaie l'Europe et les autorités coloniales britanniques décident d'y installer une station de quarantaine pour le port de Québec. Elle fonctionnera 105 ans, jusqu'en 1937. Pendant ce siècle d'activité, plus de quatre millions d'immigrants y transitent. Pour des générations d'arrivants, cette île fut la toute première image du Canada.

1847, l'année noire

C'est le chapitre qui serre la gorge. En 1845, la récolte de pommes de terre s'effondre en Irlande — An Gorta Mór, la Grande Famine. Des dizaines de milliers d'Irlandais fuient vers l'Amérique dans des navires surpeuplés et insalubres, où le typhus, qu'on surnomme la « fièvre des navires », se propage à grande échelle. La traversée dure de six à neuf semaines.

En 1847, 441 navires font route vers Québec. Plus de 5 000 passagers meurent avant même d'arriver. À la station, le docteur George M. Douglas et son équipe retirent quelque 2 200 cadavres des bateaux, examinent 90 150 immigrants et inhument au moins 5 424 corps dans la seule année.

Le détail qui donne la mesure du désastre : au début mai, la station compte 200 lits, et on juge le nombre amplement suffisant d'après les années précédentes. Du 14 au 19 mai — quatre jours — il faut en accueillir 285. Les passagers en santé, faute de place, sont contraints de rester sur les navires en quarantaine. À la fin du mois, on enterre entre 50 et 60 personnes par jour.

Ce qui frappe aussi, c'est le courage de ceux qui sont restés. Policiers, personnel médical, prêtres catholiques et pasteurs protestants viennent prêter secours tout l'été, en sachant très bien ce qu'ils risquent. Quarante-quatre membres du personnel de la station y ont laissé leur vie. En 1909, l'Ancient Order of Hibernians érige sur Telegraph Hill une croix celtique à la mémoire des disparus. Elle veille toujours sur le fleuve.

Le Projet N : quand on fabriquait de l'anthrax au milieu du fleuve

Et puis il y a l'autre histoire — celle qu'on ne voit venir d'aucune façon, et qui est restée secrète pendant des décennies.

De 1942 à 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale, Grosse-Île abrite le Projet N : la première tentative de production de masse d'une arme biologique de l'histoire. Des scientifiques canadiens, britanniques et américains y travaillent sous le sceau du silence, sur une mission confiée par Winston Churchill lui-même — fabriquer un demi-million de bombes à l'anthrax, destinées à raser cinq villes allemandes.

L'île avait tout pour plaire aux militaires : isolée, déjà équipée d'installations sanitaires, facile à contrôler. On produit le bacille du charbon dans l'édifice qui avait jadis servi à la désinfection des immigrants. Le corridor aérien au-dessus de l'île est interdit. Et pour ne pas éveiller les soupçons, le centre est officiellement présenté comme une simple station de contrôle des maladies de guerre, vouée à la mise au point d'un vaccin contre la peste bovine.

Tous n'étaient pas d'accord : plusieurs scientifiques de l'époque jugeaient l'île beaucoup trop proche des côtes habitées pour ce genre de travaux. Le précédent écossais leur donnait raison — l'île de Gruinard, bombardée à l'anthrax en 1942 pour des essais, est restée zone interdite jusqu'en 1990.

Le plus troublant reste ce qu'on ignore encore. En 2010, interrogé à la Chambre des communes, le gouvernement a répondu que l'anthrax avait été neutralisé au formaldéhyde — sans pouvoir préciser où on en avait disposé. Selon le documentaire Projet N, les stocks auraient tout simplement été jetés dans le Saint-Laurent. Les journalistes Yves Bernard et Vincent Frigon ont consacré un livre à cette enquête, publié chez Septentrion.

Deux histoires, un siècle d'écart, la même petite île : d'abord protéger un pays d'une épidémie, puis y fabriquer de quoi en déclencher une. On redescend du bateau en silence.

Le retour

Deuxième nuit au camping, puis retour tranquille vers Québec le dimanche. Un peu plus d'une heure de route, et pourtant l'impression très nette d'avoir été ailleurs — et d'avoir appris quelque chose d'important sur notre propre histoire.

Points forts

  • •
    Le camping Pointe-aux-Oies
  • •
    La tour d'observation de la Pointe-aux-Oies
  • •
    La vue sur l'archipel de L'Isle-aux-Grues
  • •
    La croisière vers Grosse-Île
  • •
    La visite guidée de la station de quarantaine
  • •
    L'histoire du Projet N et de l'anthrax

Conseils

  • 💡
    Prévoir des pièces de 2 $ pour les douches du camping Pointe-aux-Oies
  • 💡
    L'accès au sentier et à la tour d'observation de la Pointe-aux-Oies est libre, depuis le camping
  • 💡
    Pour Grosse-Île : apporter son lunch, une bonne partie de la visite se passe dehors
  • 💡
    Grosse-Île est fermée les lundis et mardis : vérifier l'horaire des départs avant de réserver
  • 💡
    L'automne est l'une des deux grandes périodes de migration de l'oie des neiges à Montmagny

Galerie photos

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Questions fréquentes

Comment se rend-on à Grosse-Île?
En bateau seulement. Nous avons pris Croisières Lachance au départ de la marina de Berthier-sur-Mer, au 110, rue de la Marina, à une quinzaine de minutes à l'ouest de Montmagny. La traversée est animée et passe entre les îles de l'archipel. Il y a généralement deux ou trois départs par jour selon la date, alors vérifiez l'horaire et réservez à l'avance.
Combien de temps dure la visite de Grosse-Île?
Une bonne demi-journée, traversée comprise. Sur place, la visite combine un parcours en trolley pour la partie est de l'île et une exploration à pied pour la partie ouest. L'île est petite et la marche n'est pas difficile, mais prévoyez de bonnes chaussures et des vêtements adaptés : une grande partie de la visite se déroule dehors.
Faut-il apporter son lunch à Grosse-Île?
Oui, c'est le conseil que tout le monde répète. Il n'y a pas de restaurant sur l'île. Du café et des muffins sont vendus à bord du bateau, mais pour le repas du midi, il faut être autonome. Notez aussi que le site est fermé les lundis et mardis.
Pendant combien de temps Grosse-Île a-t-elle servi de station de quarantaine?
Cent cinq ans, de 1832 à 1937. Elle a été créée en réaction à une épidémie de choléra en Europe, pour protéger le port de Québec. Pendant ce siècle d'activité, plus de quatre millions d'immigrants y ont transité. Pour des générations d'arrivants, cette île a été la première image du Canada.
Que s'est-il passé à Grosse-Île en 1847?
C'est l'année noire. Fuyant la Grande Famine, des dizaines de milliers d'Irlandais s'embarquent dans des navires surpeuplés où le typhus se propage. En 1847, 441 navires font route vers Québec et plus de 5 000 passagers meurent avant d'arriver. Sur l'île, l'équipe du docteur George M. Douglas retire 2 200 cadavres des bateaux, examine 90 150 immigrants et inhume au moins 5 424 corps. À la fin mai, on enterrait entre 50 et 60 personnes par jour.
Qu'est-ce que la croix celtique de Grosse-Île?
Un monument érigé en 1909 sur Telegraph Hill par l'Ancient Order of Hibernians, à la mémoire des immigrants irlandais morts du typhus en 1847-1848. Elle commémore aussi le courage du personnel de la station : quarante-quatre employés, médecins, policiers, prêtres et pasteurs ont perdu la vie en portant secours aux malades.
Qu'est-ce que le Projet N?
La première tentative de production de masse d'une arme biologique, menée en secret sur Grosse-Île de 1942 à 1944. Des scientifiques canadiens, britanniques et américains y travaillaient sur une mission confiée par Winston Churchill : fabriquer un demi-million de bombes à l'anthrax destinées à raser cinq villes allemandes. Le projet est resté secret pendant des décennies.
Comment le Projet N a-t-il été gardé secret?
Le centre était officiellement présenté comme une station de contrôle des maladies de guerre, vouée à la mise au point d'un vaccin contre la peste bovine. Le corridor aérien au-dessus de l'île était interdit, et le personnel avait juré le silence. Le bacille du charbon était produit dans l'édifice qui avait jadis servi à la désinfection des immigrants.
Que sont devenus les stocks d'anthrax?
La question reste ouverte, et c'est le plus troublant. En 2010, interrogé à la Chambre des communes, le gouvernement a répondu que l'anthrax avait été neutralisé au formaldéhyde, sans pouvoir préciser où on en avait disposé. Selon le documentaire Projet N, les stocks auraient été jetés dans le Saint-Laurent. Les journalistes Yves Bernard et Vincent Frigon ont consacré un livre à cette enquête.
Le camping Pointe-aux-Oies vaut-il sa réputation?
Oui. Il est classé cinq étoiles par Camping Québec et compte plus de 300 emplacements en bordure directe du fleuve. On y trouve un parc aquatique avec glissades, une piscine chauffée, un mini-putt, un casse-croûte et une plage naturelle. Trois yourtes et deux Goutte d'Ô, un prêt-à-camper en forme de chrysalide, complètent l'offre pour ceux qui voyagent sans équipement. Petit détail : prévoyez des pièces de 2 $ pour les douches.
Peut-on accéder librement à la tour d'observation de la Pointe-aux-Oies?
Oui, l'accès est libre. Un sentier d'environ 2 km, doublé de trottoirs de bois, part du secteur du camping et relie deux terrasses à une tour d'observation de 30 pieds érigée à la pointe. De là-haut, la vue porte sur le fleuve et sur l'archipel de L'Isle-aux-Grues, avec Grosse-Île au loin.
Quand voir les oies des neiges à Montmagny?
Au printemps et à l'automne, pendant les haltes migratoires. Montmagny porte le titre de Capitale de l'oie blanche, et des dizaines de milliers d'oies se rassemblent alors dans les champs, sur les berges et dans les marais. L'automne ajoute les couleurs au spectacle. La tour de la Pointe-aux-Oies et la Route des Plumes sont les meilleurs postes d'observation.

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