Nouveau-Brunswick
Moncton et la Côte magnétique
Plaque tournante des Maritimes, Moncton est une ville bilingue, jeune et étonnamment vivante, posée sur les rives de la rivière Petitcodiac. On y flâne au Riverfront Park, on y observe le mascaret — cette vague de marée qui remonte la rivière à contre-courant — et on y trouve une belle scène de microbrasseries et de restos au centre-ville. Mais l'attraction qui a fait la réputation de Moncton, c'est bien sûr la fameuse Côte magnétique. Le principe est aussi simple qu'improbable : on descend en voiture jusqu'au pied de la côte, on coupe le moteur, on relâche le frein… et le véhicule se met à remonter la pente tout seul. Il s'agit évidemment d'une illusion d'optique — le relief environnant supprime tout repère d'horizon et fait passer une descente pour une montée — mais l'effet est absolument déconcertant, même quand on sait de quoi il retourne. Le phénomène est connu des fermiers du coin depuis le 19e siècle, mais c'est un article de journal de 1933 qui l'a rendu célèbre. Muriel Lutes, qui vivait à proximité, a eu le flair de le baptiser « Côte magnétique » et de vendre crème glacée et souvenirs aux curieux. Dans les années 1950, le site figurait au troisième rang des attractions les plus visitées au Canada, derrière les chutes Niagara et le parc Banff! Comptez quelques dollars par véhicule en haute saison — un tout petit prix pour une expérience qu'on raconte longtemps.
Shediac — le homard géant et la plage Parlee
À une vingtaine de minutes de Moncton, Shediac s'annonce sans subtilité : un homard de béton de 11 mètres de long, 5 mètres de haut et 90 tonnes vous accueille à l'entrée de la ville, dans le parc Rotary. Œuvre du sculpteur néo-brunswickois Winston Bronnum, c'est probablement le monument le plus photographié de la province — et la photo obligatoire de tout passage dans le coin. Shediac se proclame « capitale mondiale du homard », et avec environ 75 % de population francophone, elle est aussi profondément acadienne de culture et de caractère. Juste à côté, à Pointe-du-Chêne, la plage Parlee est la plus célèbre du Nouveau-Brunswick — et pour cause. Le détroit de Northumberland y offre l'eau salée la plus chaude au nord des Carolines : 20 à 22 °C en juillet, parfois jusqu'à 24 °C les belles années. C'est chaud pour vrai, pas «chaud pour les Maritimes »! La plage est surveillée, écocertifiée Pavillon bleu, et animée tout l'été : volley-ball, concours de sculptures de sable, activités quotidiennes. Sable fin, eau tiède, ambiance familiale — difficile de faire mieux pour une pause balnéaire.
Dodo au Camping Plage Gagnon
Une douzaine de kilomètres à l'est de Shediac, à la limite de Cap-Pelé et de Grand-Barachois, le Camping Plage Gagnon est un grand terrain familial posé directement sur le détroit de Northumberland. L'entreprise est exploitée en famille depuis ses débuts, et plusieurs campeurs y reviennent chaque été depuis plus de quarante ans — ça en dit long sur l'ambiance. Le camping compte quelque 270 emplacements, majoritairement saisonniers, avec services complets, blocs sanitaires bien tenus, buanderie, piscine chauffée, terrains de jeux et basketball. Mais le vrai argument de vente, c'est l'accès direct à la plage : des kilomètres de sable propre et dégagé, à cinq minutes de marche des emplacements, avec cette eau étonnamment tiède de la côte acadienne. Et surtout — surtout — le coucher de soleil. On s'installe sur le sable en fin de journée, l'horizon s'embrase au-dessus du détroit, et on comprend pourquoi les habitués en parlent avec autant d'affection. C'est le genre de fin de journée qui justifie à elle seule le détour.
La dune de Bouctouche
Cap au nord vers Bouctouche, patrie de la Sagouine, pour l'un des plus beaux sites naturels de la province : la Dune de Bouctouche, protégée par l'Éco-centre Irving. Formée il y a plus de 2 000 ans par l'action combinée du vent, des marées et des courants, cette langue de sable s'avance sur 12 kilomètres dans le détroit de Northumberland pour encadrer la baie de Bouctouche. C'est l'une des dernières grandes dunes côtières du nord-est de l'Amérique. Pour préserver cet écosystème fragile — habitat de plantes rares et d'oiseaux nicheurs —, l'accès se fait par une passerelle de bois qui serpente au-dessus de l'ammophile et des marais salés. On y observe la faune et la flore sans jamais poser le pied sur le sable fragile. Une tour d'observation complète la visite et offre un panorama superbe sur la baie. L'accès est gratuit, mais contingenté : les chiens ne sont pas admis et le nombre de visiteurs simultanés est limité. Un centre d'interprétation, ouvert de mai à septembre, propose expositions et visites guidées — ça vaut la peine de s'y arrêter avant de marcher. Et si le cœur vous en dit, on peut poursuivre sur la plage bien au-delà de la passerelle : la dune complète représente plus de quatre heures de marche aller-retour dans le sable meuble!
La péninsule acadienne
En remontant la route 11 le long du littoral acadien, on entre dans la péninsule acadienne — le cœur battant de l'Acadie du Nouveau-Brunswick. Caraquet, Shippagan, l'île Lamèque, l'île Miscou : ici, le français n'est pas une langue de service, c'est la langue de tous les jours, avec son accent, son vocabulaire et sa musicalité bien à elle. La région vit de la mer — pêche au crabe des neiges, au homard, à l'huître — et cette identité maritime se lit partout : dans les quais, dans les bateaux colorés, dans les assiettes. Caraquet, souvent présentée comme la capitale culturelle de l'Acadie, accueille le Festival acadien et le Village historique acadien, qui reconstitue la vie des Acadiens de 1770 à 1949 avec des interprètes en costume d'époque. Et chaque 15 août, jour de la Fête nationale de l'Acadie, toute la péninsule explose : drapeaux étoilés aux fenêtres, chansons, et le fameux Tintamarre — une déambulation joyeuse et assourdissante où l'on frappe casseroles, cloches et chaudrons dans les rues pour proclamer bien haut que l'Acadie est toujours vivante. Une tradition née du besoin de se faire entendre après la Déportation. Si votre passage tombe à cette date, ne cherchez pas plus loin : vous êtes exactement au bon endroit.
Dodo au Camping Malybel
À Beresford, dans la région Chaleur, le Camping Malybel nous a accueillis pour la nuit. Le terrain se trouve sur le littoral acadien, au bord de la lagune de Beresford — un habitat de prédilection pour plusieurs espèces menacées de la région, que l'on peut observer depuis une plateforme aménagée sur le site. Le camping mêle secteurs boisés et espaces ouverts, et il est franchement orienté famille : piscine, glissade d'eau, mini-golf, terrains de jeux, salle communautaire et une cantine dont la poutine a bonne réputation auprès des habitués. Emplacements avec ou sans services, chalets à louer, Wi-Fi gratuit et service bilingue. L'emplacement est son meilleur atout : la baie des Chaleurs possède certaines des eaux les plus chaudes et des plages les plus sablonneuses du Canada, et les plages de Beresford et de Youghall sont à quelques minutes seulement. Bathurst et ses commodités sont tout près, tout comme les chutes Pabineau et la réserve naturelle de Daly Point. Petit bémol honnête : c'est un camping très animé, avec beaucoup de saisonniers et parfois de la musique en soirée. Parfait si on cherche l'ambiance festive; à savoir si on visait plutôt le calme absolu.
Retour vers le Québec
Le Canyon des Portes de l'Enfer
Après la vallée de la Matapédia, dernier grand arrêt avant la maison : le Canyon des Portes de l'Enfer, à Saint-Narcisse-de-Rimouski, à environ 35 km de Rimouski. Géré par Terfa, le site est ouvert au public depuis 1990 et compte parmi les plus spectaculaires du Bas-Saint-Laurent. Le nom vient de la drave : autrefois, les arbres se rejoignaient au-dessus de la gorge et formaient un pont naturel — un obstacle infernal pour les draveurs qui descendaient le bois. Le canyon s'amorce par la chute du Grand Sault, haute de 20 mètres, puis s'étire sur près de 5 kilomètres entre des parois resserrées atteignant parfois 90 mètres de hauteur. Le clou de la visite, c'est évidemment la passerelle suspendue : perchée à 63 mètres au-dessus de la rivière Rimouski, c'est la plus haute du Québec. La traverser procure un petit vertige tout à fait délicieux, avec une vue plongeante sur toute la longueur du canyon. Pour les jambes solides, il y a aussi la fameuse Descente aux Enfers — 300 marches à descendre jusqu'au niveau de la rivière… et à remonter ensuite! Un réseau de sentiers de 1 à 14 km sillonne le site, au cœur d'une forêt de cèdres anciens, et mène jusqu'à la chute Chaud à l'autre extrémité. Casse-croûte, boutique et parcours interactifs complètent l'offre.
Dodo au parc national du Bic
Pour la dernière nuit du voyage, difficile d'imaginer mieux que le parc national du Bic. Sur la route 132 à l'ouest de Rimouski, ce parc de la Sépaq est l'un des plus photogéniques du Québec : caps escarpés, baies profondes, anses, îles, marais et battures qui se découvrent au rythme des marées. C'est un paradis pour l'observation de la faune. Les phoques communs et les phoques gris s'y prélassent par dizaines sur les rochers — l'île aux Amours et la baie du Ha! Ha! sont des valeurs sûres à marée basse. On y croise aussi porcs-épics, renards roux, cerfs de Virginie et une multitude d'oiseaux marins. Côté sentiers, il y a de tout : de la courte balade familiale au Chemin-du-Nord jusqu'à l'ascension du pic Champlain, qui offre le panorama le plus spectaculaire du parc sur le fleuve et les montagnes de Charlevoix, de l'autre côté. Mais s'il y a une chose à ne pas manquer, c'est le coucher de soleil. Le Bic est réputé pour ses fins de journée flamboyantes sur le Saint-Laurent — et après deux semaines de route entre la Côte-Nord, le Labrador, Terre-Neuve et les Maritimes, c'est une conclusion à la hauteur du voyage. Petit conseil : les emplacements de camping se réservent très tôt en été, et plusieurs sentiers dépendent des marées. Vérifiez les horaires avant de partir marcher!



















